Femmes dans la bande dessinée, des pionnières à l’affaire d’Angoulême (12/12) : Angoulême, finale ?

En réponse à cette bronca générale, le ministère de la Culture et de la Communication annonça le 4 avril 2016 qu’il confiait une « mission de médiation » à Jacques Renard, lequel instaurerait un « comité de concertation » afin de redessiner l’organisation de l’édition 2017 du FIBD. Les consultations commencèrent aussitôt.

Le 12 juillet, c’était l’heure du bilan d’étape. D’emblée le ministère préféra confirmer le « profond attachement de l’ensemble des acteurs concernés à la pérennité et au développement de ce festival » mais annonça plusieurs changements. D’abord dans la gouvernance du FIBD et la « répartition des responsabilités qui s’y attachent » mais également dans la composition des instances de sélections et des jurys : « Une mesure a d’ores et déjà fait l’unanimité des membres du comité : l’introduction systématique de la parité hommes/femmes dans les instances de sélection et les jurys institués par le festival ou ses partenaires », soulignait le ministère. Que cette mesure soit la première annoncée était révélateur d’une véritable avancée.

© Patrick Dalaine

Pourtant, une nouvelle mauvaise surprise attendait encore les observateurs : mi-novembre, le Festival d’Angoulême annonçait en grande pompe qu’il présenterait en janvier 2017 une grande exposition « Valérian » pour entamer la promotion du nouveau film de Luc Besson (sortie prévue en juillet 2017) adapté des aventures spatio-temporelles imaginées par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Mais il se trouve que la série de bandes dessinées, depuis dix ans déjà, s’appelle Valérian et Laureline, de même que la série d’animation diffusée à la télévision. Une pétition est lancée pour que, sinon Besson, au moins le Festival d’Angoulême répare cet oubli sexiste.

Puis, le 9 décembre, lors de la conférence de presse du festival 2017, l’organisateur semble mettre les bouchées double, en insistant sur la présence de « nombreuses auteurs » dans la sélection officielle : en réalité 16 sur 91 auteurs en compétition, ce qui est conforme aux habitudes (et inférieur à la représentation de 2016), même si l’on met en avant, artificiellement, Catherine Meurisse, Alison Bechdel et Sophie Guerrive. Autre signe fort envoyé par l’organisateur : la présidence du jury confiée à Posy Simmonds. En réponse à FranceTVinfo qui titre « Cette fois le festival met les femmes à l’honneur »[1], Jeanne Puchol déclare sur sa page Facebook : « Il était bien temps que le message soit entendu, en effet… Genre « oups, on se rattrape comme on peut », après avoir enlevé Posy Simmonds de la liste des postulants au Grand Prix en 2016, sous prétexte qu’elle n’avait pas eu suffisamment de voix l’année précédente. Encore un petit effort, les faux culs du FIBD, vous y êtes presque. Et « cette fois » n’a pas intérêt à rester un précédent sans lendemain. »

Et vint, pour clore en beauté cette année 2016, le nouveau logo de l’association FIBD, qui cherche à se donner un coup de jeune, après son changement de président(e) en juillet : sans doute pour tirer les enseignements du scandale du début de l’année et caresser les auteur.e.s dans le sens du poil de la parité, elle accole donc au « fauve » noir historique (dans lequel on pouvait pourtant aussi bien voir un mâle qu’une femelle) une compagne, cette « fauvesse » rose qui sourit benoîtement, les yeux fermés, pendant que son compagnon parle. Un tel opportunisme conjugué à une telle maladresse, n’est-il pas pathétique ?

© Lewis Trondheim – 9eArt+ – FIBD

Quelques jours plus tard, Artémisia remettait pour la dixième année consécutive son Prix de la bande dessinée de femmes. Et, pour ses dix ans, le jury innova et remit pas moins de quatre prix, pour saluer la richesse et la qualité de la production féminine de l’année 2016 : à son traditionnel Grand Prix décerné à Céline Wagner pour Frapper le sol (Actes Sud – L’An 2) s’ajoutent donc en 2017 un Prix spécial du jury (Quand viennent les bêtes sauvages de Nicole Augereau, Flblb), un Prix Humour (Le Problème avec les femmes de Jacky Fleming, Dargaud) et un Prix Avenir (L’Apocalypse selon Magda de Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel, Delcourt).

À suivre ?

@ Gilles Ciment

[1] http://www.francetvinfo.fr/culture/festival/festival-de-bd-d-angouleme/cette-fois-le-festival-d-angouleme-met-les-femmes-a-l-honneur_1961697.html.

Femmes dans la bande dessinée : des pionnières à l’affaire d’Angoulême (12/12)
« Angoulême : finale ? »
Lire les différents passages :
Revenir au début : 1 – Une mascotte révélatrice d’un sexisme ambient et tenace
Revenir au précédent : 11 – Angoulême, acte 4 : la coupe est pleine

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