Femmes dans la bande dessinée, des pionnières à l’affaire d’Angoulême (4/12) : Le XXIe siècle et la féminisation

© Chantal Montellier

Si d’autres titres, comme la revue (À suivre) publiée par Casterman, publiaient quelques femmes, il fallut attendre le début des années 2000 pour qu’une véritable nouvelle génération voie le jour. On peut identifier quatre moments importants qui marquèrent ce tournant et favorisèrent une féminisation croissante du métier d’auteur de bande dessinée. Le premier fut le Grand Prix de la ville d’Angoulême décerné en 2000 à Florence Cestac, qui reste à ce jour la seule femme ainsi honorée par la manifestation majeure du Neuvième Art.

© Florence Cestac

Le deuxième fut le triomphe inattendu de Persépolis, l’œuvre autobiographique de l’Iranienne Marjane Satrapi, dont les quatre volumes parurent à L’Association entre 2000 et 2003, et qui a ouvert la voie à la Libanaise Zeina Abirached ou l’Indienne Amruta Patil, pour n’en citer que deux. Le troisième facteur fut l’explosion de la lecture de mangas en France, qui entraîna la traduction massive de mangas créés par des femmes pour un public de femmes : shôjo pour les lectrices adolescentes et josei pour les lectrices adultes (on sait combien le marché japonais du manga est segmenté et cloisonné). Le quatrième événement fut, sur le même principe et pour la même motivation que la création de la revue Ah ! Nana vingt-cinq ans plus tôt, le lancement en 2002 de la collection « Traits féminins » aux éditions de L’An 2 dirigées par Thierry Groensteen, qui disait en la créant qu’il espérait bien qu’elle n’aurait bientôt plus de raison d’être (ce qui fut le cas, et elle a donc disparu). Le temps de son existence, cette collection a publié de nombreuses œuvres de premier plan signées Anne Herbauts, Jeanne Puchol, Johanna, Sandrine Martin…

Parce que les autrices étaient devenues beaucoup plus nombreuses, avaient enfin des espaces de création, étaient entrées dans toutes les maisons d’édition, les petites d’abord, bientôt imitées par les grandes, faisaient des triomphes dans la blogosphère, il y eut des initiatives pour mettre en lumière cette évolution, pour l’accélérer, comme la littérature universitaire ou journalistique sur la création au féminin ou sur la représentation des femmes dans la bande dessinée.

@ Gilles Ciment

Femmes dans la bande dessinée : des pionnières à l’affaire d’Angoulême (4/12)
« Le XXIe siècle et la féminisation »
Lire les différents passages :
Revenir au début : 1 – Une mascotte révélatrice d’un sexisme ambient et tenace
Revenir au précédent : 3 – Les pionnières de Ah ! Nana
Lire la suite : 5 – Une première initiative structurante : Artémisia

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