Femmes dans la bande dessinée, des pionnières à l’affaire d’Angoulême (5/12) : Une première initiative structurante, Artémisia

Mais avant tout, ce fut la fondation par Chantal Montellier et Jeanne Puchol de l’association Artémisia[1] et son prix motivé – comme naguère le Prix Femina – par le fait que les prix de bande dessinée ne couronnaient que des hommes, et en ce sens excluaient les femmes des avantages matériels et honorifiques de ce type de trophées. Artémisia se bat pour promouvoir la place des femmes dans la bande dessinée et par conséquent contre le sexisme et le machisme qui sévissent dans la bande dessinée de 7 à 77 ans, pour que soit mieux éclairées, mieux considérées, mieux valorisées les œuvres des femmes. L’anaphore de son manifeste fondateur est clair :

« Parce que la création BD au féminin nous semble peu connue et reconnue, peu valorisée et éclairée, quelques arbres surexposés cachant la forêt des talents laissés dans l’ombre ou à l’abandon.

Parce qu’un regard féminin sur la production BD nous paraît essentiel.

Parce que se donner le pouvoir de reconnaître et non pas seulement de produire est un enjeu et un symbole des plus importants pour les femmes qui participent à cette aventure.

Parce que la BD destinée à tous et largement diffusée, reste un média dominé par l’imaginaire masculin, qui véhicule des stéréotypes écrasants.

Parce que les jurys, notamment pour les présélections (voir Angoulême), sont généralement composés des seuls représentants du sexe dit fort.

Parce qu’il n’y a pas de raison pour que seuls la littérature avec son prix Femina, et le cinéma avec son festival de Créteil, aient droit à des espaces de légitimation et de reconnaissance au féminin.

C’est pour toutes ces raisons (et quelques déraisons) que nous avons créé un prix qui distinguera un album scénarisé et/ou dessiné par une ou plusieurs femmes. Il sera décerné chaque année le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, et remis quelques jours plus tard. »

© Chantal Montellier – Artémisia

Mais d’où vient le nom d’Artémisia ? Le destin d’Artemisia Gentileschi, la grande peintresse (on disait ainsi, à l’époque) italienne du XVIIe siècle, symbolise la femme artiste plasticienne dans nos sociétés patriarcales, par-delà les temps et les régimes. Il a semblé utile aux fondatrices de rattacher ce prix qui honore la bande dessinée féminine, à l’histoire plus large, plus riche et plus explorée de la création graphique au féminin, pour ne pas risquer de s’enfermer elles-mêmes dans leurs propres phylactères. Depuis le premier décerné en 2008, le Prix Artémisia, qui a acquis estime et notoriété, a été attribué successivement à Johanna, Lisa Mandel & Tanxxx, Laureline Mattiussi, Ulli Lust, Claire Braud, Jeanne Puchol, Catel, Barbara Yelin, Sandrine Revel et Céline Wagner.

@ Gilles Ciment

[1]. http://www.assoartemisia.fr.

Femmes dans la bande dessinée : des pionnières à l’affaire d’Angoulême (5/12)
« Une première initiative structurante : Artémisia »
Lire les différents passages :
Revenir au début : 1 – Une mascotte révélatrice d’un sexisme ambient et tenace
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Lire la suite : 6 – Une seconde initiative militante : le Collectif et sa Charte

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